
Repoussées une 6e fois par la Commission électorale indépendante (CEI) le 30 avril dernier, les élections en RDC sont maintenant prévues pour le 30 juillet 2006 avec des résultats finaux disponibles en novembre. Critiquée immédiatement après par certains parties d’opposition et même par l’Église catholique, cette annonce d’un nouveau report du calendrier des élections présidentielles et législatives en RDC risque pourtant de ne pas être le dernier rebondissement car les menaces au processus sont nombreuses...
Rappelons d’abord l’incroyable casse-tête logistique que représente la tenue d’un premier scrutin libre et transparent dans un pays qui se relève très mal d’une guerre ayant coûté entre 4 et 5 millions de morts, avec 25 millions d’électeurs, qui est vaste comme le Québec et surtout sans infrastructure. À titre de référence, en décembre 2005, la CEI avait conduit dans une désorganisation téméraire un premier référendum pour entériner la nouvelle constitution. Malgré un recensement de dernière minute et une campagne d’éducation bâclée, 60% des électeurs s’étaient présenté aux urnes.
Pour le scrutin de juillet, 33 candidats ont été retenus pour les présidentielles, 9.632 candidats à la députation (pour 500 sièges) et 267 partis politiques! Une majorité de candidats représentent de nouveaux partis ou de nouvelles coalitions nées de la dislocation d’anciennes. Certains partis sont littéralement nés quelques mois seulement avant la mise en route du processus électoral. Les programmes politiques des uns et des autres sont mal connus.
Bien que formellement, la campagne électorale ne doive commencer que le 29 juin, les partis et candidats les plus fortunés ont déjà entrepris de se faire valoir. Dans cette catégorie se trouvent le président sortant, Joseph Kabila, et trois des quatre vice-présidents : Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, anciens chefs des rébellions soutenues par l’Ouganda et le Rwanda, et Arthur Zahidi Ngoma, ancien rebelle reconverti en opposant politique. On retrouve aussi d'anciens mobutistes dont Pierre Pay-Pay, ancien gouverneur de la Banque centrale et ministre des Finances sous Mobutu et Nzanga Mobutu, le fils du Maréchal-dictateur. Les uns disposent de canaux de télévision, les autres de stations de radio ou de journaux… L'actuel Président parcourre actuellement le pays d'est en ouest... mais sans bien sûr que cela soit en lien avec le processus électoral.
Mais les menace persistantes pour la stabilité du pays sont plus pernicieuses. Au moins un des anciens groupes rebelles, le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) de Azarias Ruberwa est impopulaire et risque à la suite du scrutin de perdre une partie importante de son pouvoir. Il est possible que le RCD, qui contrôlait autrefois plus du tiers du pays, passe du statut d’acteur national majeur à celui de petit parti. Cette probabilité est étroitement liée aux combats qui se déroulent toujours dans l’est et le nord-est, où des éléments contestataires du RCD, dont le tristement célèbre Laurent Nkunda, ont déjà plusieurs fois attaqué des populations civiles, l’armée nationale nouvellement intégrée ou encore les troupes de la Mission de l’ONU au Congo (MONUC).
L’autre parti important, le Mouvement pour la libération (MLC) de Jean-Pierre Bemba continue lui aussi de laisser entendre qu’il ne voit pas autrement qu’au pouvoir. Les rumeurs se multiplient quant à d’éventuels préparatif post-défaite alors que le MLC serait en train d’organiser de nouvelles forces armées…
Autre risque, le traditionnel parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi, maintient la pression sur le processus afin de marquer son mécontentement face au manque de volonté des autres partis de négocier avec lui. M. Tshisekedi continue d’annoncer l’apocalypse pour le 30 juin, date qui selon l’UDPS doit mettre fin aux accords de transition et rendre caduque tout autre processus non préalablement négocié avec lui.
Enfin, quoique la CEI prétende, le scrutin n’est toujours pas préparé convenablement. Le travail d’éducation débute à peine avec divers programmes concentrés sur la capitale et les grands centres. De la même façon, les mesures de précaution contre d’éventuelles fraudes restent minimales ou même hypothétiques alors que des élections truquées pourraient déstabiliser le pays et provoquer de graves conséquences.
Malgré tout, la communauté internationale qui finance l’essentiel des 430 millions prévus pour le scrutin persiste . Jean-Tobie Okala, porte-parole de la MONUC précisait récemment que son institution: « juge que le processus électoral congolais est plus que jamais irréversible » Avec ses 18000 Casques bleus la MONUC prétend appuyer l’armée congolaise sur le terrain de même qu’elle annonce la formation de 35 000 policiers pour la sécurisation des élections. Le gouvernement allemand a aussi approuvé le 17 mai l’envoi de 500 soldats en RDC qui se joindront aux 1500 militaires français dépêchés dans le cadre de la force européenne.
Devant cela, le Canada regarde passer le train. En mars dernier, le Sénateur Libéral Peter Stollery demandait que le Canada envoi 4 nouveaux soldats pour rejoindre les 9 membres actuels qu’il a prêté à la MONUC. Le « non » fut catégorique! Même son de cloche quant à l’envoi d’éventuels observateurs. Au moment ou le gouvernement de Stefen Harper (encore lui...) vient de confirmer pour deux nouvelles années sa force de 2300 soldats en Afghanistan, Peggy Mason, l’ex-ambassadeur des NU pour le désarment déclare : « nous avons simplement abandonné l’Afrique ».
Un gouvernement légitime doit finalement être élu en RDC. Les élections sont nécessaires, mais si elles ne se déroulent pas correctement, les conséquences pourraient être très graves. Si la population ou les forces qui s’opposent concluent que le changement par les urnes n’est pas satisfaisant, tous les recours pour contester les résultats deviendront possibles. Il incombe de garantir que ces premières élections multipartites depuis 1965, soient une étape décisive mettant fin au trop long conflit congolais.